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J'ai mal à ma planète

  • Photo du rédacteur: Valérie Watteau
    Valérie Watteau
  • 20 oct.
  • 4 min de lecture
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Ce n’est pas une phrase correcte, mais c’est une phrase juste.

Parce qu’il y a des douleurs qu’on ne peut pas dire autrement.

“J’ai mal à ma planète”, ça parle au ventre, pas au dictionnaire.

C’est cette peine sourde de voir le vivant s’abîmer,

de sentir que ce qu’on aime fond, brûle, s’effrite.


Et de ne plus savoir comment réparer, sauf en continuant à aimer,

à dire, à écrire, et à agir.



La nature ne ment pas. C’est en montagne qu’on s’en rend le plus compte.



L’émotion avant la raison


« Rendez-vous en Terre Inconnue » fait partie de ces rares émissions qui me bouleversent à chaque fois. Pas seulement au moment des adieux, quand les visages se serrent et que les larmes montent, mais dans ces instants suspendus où l’humain rencontre l’humain, sans décor, sans masque.


Chez les Gauchos de Terre de Feu, c’est arrivé plus tôt que d’habitude.

En plein milieu de l’émission, quand leur hôte a évoqué la fonte des glaciers, j’ai senti mes propres larmes monter.

Pas celles de la compassion télévisuelle, non.

Des larmes plus anciennes, plus viscérales. Celles de la conscience.




Racines d’une conscience écologique


J’ai toujours eu une admiration simple et sincère pour le vivant.

Pas seulement pour les animaux ou les paysages, mais pour tout ce qui respire, pousse, bat ou se régénère.


Petite, mon père était abonné à La Calypso, le magazine du Commandant Cousteau, et moi, à sa version pour enfants, Le Dauphin Hebdo.

(Et oui, je ne rêvais pas que de Barbies, ou de devenir Danseuse Etoile, on peut aimer la nature et les talons roses.)


Je construisais des maisons en Lego pour les coccinelles.

Je passais des heures à observer les papillons dans le jardin de mes grands-parents. Il y en avait partout : des jaunes, des bleus, des tachetés, des tout blancs…Aujourd’hui, j’en vois d'ailleurs de moins en moins.


Et c’est peut-être ça, le signe le plus triste : la beauté qui se raréfie en silence.


Et puis, il y a les girafes.

Majestueuses, silencieuses, presque irréelles.

Une espèce aujourd’hui en voiX d’extinction (avec un X, justement, parce qu’elles ne peuvent pas le dire elles-mêmes).




Là-haut, la vérité se voit


C’est en montagne que j’ai vraiment pris conscience du dérèglement climatique.

Là-haut, les changements ne se cachent pas derrière des chiffres ou des graphiques.

Ils se voient. Ils s’entendent. Ils s’effondrent.


Quand on survole la Mer de Glace, j'ai eu cette chance de le faire en hélicoptère pour une mission professionnelle, on comprend tout de suite que le mot “mer” n’a plus grand-chose à voir avec la réalité.


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(Crédit Photo: Le Dauphiné Libéré, 5 juin 2018)


Chaque année, pour descendre dans la Vallée Blanche, il faut ajouter de nouvelles échelles. Rares sont les fois où l'on peut descendre jusqu'à Chamonix, alors il faut remonter, jusqu'à la gare du Montenvers, par ces échelles justement.

Une trentaine, peut-être plus.

Et à chaque tronçon, une plaque indique jusqu’où descendait la glace :1950, 1980, 1997, 2005…


Une ligne après l’autre, le vide s’allonge.

On voit, littéralement, l’accélération du phénomène.

Ce n’est plus une image, ni un concept.

C’est un escalier vers le réchauffement.


Une leçon de gravité à ciel ouvert.

La glace recule, la roche se découvre, nue, blessée.


Le pilier Bonatti, symbole mythique de l’alpinisme, s’est effondré.

265 000 m³ de pierres !

100 piscines olympiques !


Et personne ne peut dire qu’il n’a pas été prévenu, il y avait eu pas mal de précédents.


La montagne ne ment pas.

Elle ne cherche pas à plaire, ni à convaincre.

Elle montre.

Et ce qu’elle montre, aujourd’hui, c’est notre propre déséquilibre.




Quand les phénomènes s’emballent


Oui, les tempêtes, les incendies, les inondations ont toujours existé. Mais pas à ce rythme. Pas avec cette intensité.

Comme un corps fiévreux, la Terre répète ses symptômes, de plus en plus fort. Et nous continuons de poser des compresses tièdes sur une plaie béante.


L’été dernier encore, la Provence s’est couverte de cendres. Des hectares de forêt partis en fumée, un vent trop chaud, trop sec, trop fort.

On appelle ça “un épisode”.

Mais quand les épisodes se succèdent sans répit, c’est qu’on a changé de saison.




Les déracinés du climat


Pendant que nous comptons les degrés et les records de chaleur, d’autres comptent leurs morts, leurs maisons disparues, leurs terres submergées.

Ils s’appellent “réfugiés climatiques”.

Ils n’ont pas fui la guerre, mais le climat.


Et souvent, ce sont ceux qui ont le moins contribué à ce désordre qui en paient le prix le plus lourd.


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(sources Les Echos, 24 avril 2024)


En 2022, on a compté près de 32 millions de déplacements internes liés aux aléas climatiques, et ce n’est que le début.


D’ici 2050, entre 44 et 113 millions de personnes pourraient avoir quitté leur foyer à cause de la montée des eaux, du manque d’eau ou de terres devenues invivables.


Même dans les pays industrialisés, on voit déjà des communautés déplacées, 3,2 millions d’adultes rien qu’aux États-Unis en 2022.


Et certains scénarios les plus extrêmes évoquent jusqu’à 1 milliard de déplacés climatiques d’ici la moitié du siècle.


Leur exil silencieux est peut-être le plus grand cri de notre siècle.




Le Syndrome du Titanic



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Je repense souvent au livre de Nicolas Hulot, Le Syndrome du Titanic.

Nous savons que l’iceberg est là, droit devant. Et pourtant, on continue d’accélérer.


Il est peut-être trop tard pour l’éviter.

Mais on peut encore ralentir la course.

On peut encore choisir de limiter la casse.

La planète, elle, s’en remettra.


Elle a déjà survécu à des cataclysmes pires que nous. C’est nous, l’humanité, qui risquons de disparaître, noyés dans notre propre inertie.


Alors oui, je crois qu’il est trop tard pour faire semblant.

Mais pas trop tard pour agir avec conscience.

Pas trop tard pour aimer encore un peu plus ce monde avant qu’il ne fonde complètement.





Parce qu’au fond, protéger la Terre, ce n’est pas sauver une planète.

C’est juste apprendre à ne pas scier la branche sur laquelle on vit.

 
 
 

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