Sous les bonbons, les origines, la petite histoire "pas si sucrée" d'Halloween
- Valérie Watteau
- 30 oct. 2025
- 4 min de lecture

Les bonbons se déguisent avant l’heure. Même sucre, même additifs, même colorants — mais un emballage orange et un prix doublé.
Même les fantômes, cette année, ont un code promo.
Halloween approche.
Et comme chaque automne, on ressort les toiles d’araignée synthétiques, les citrouilles en plastique, les fausses tombes lumineuses.
On joue à se faire peur, à s’effrayer pour rire.
Mais derrière cette mascarade sucrée, il reste une vieille histoire.
Une histoire de feu et de froid, de vivants et de morts, de seuils qu’on ose traverser.
Une histoire qui nous parle, encore aujourd’hui, de ce qu’on refuse de nommer : la finitude.
Avant les bonbons, les braises : Samhain
Bien avant les sucreries et les déguisements importés, il y avait Samhain. Une fête celte, célébrée il y a plus de deux mille ans. C’était la nuit où l’été rendait les armes, où les moissons s’achevaient, où la terre se repliait sur elle-même pour préparer le grand sommeil de l’hiver.
On disait que, cette nuit-là, le voile entre les mondes devenait mince comme un souffle.
Les vivants pouvaient sentir la présence des disparus, et les morts, pour un instant, retrouver la chaleur des feux allumés.
On laissait des offrandes, des pommes, du lait, des braises.
Pas pour conjurer le sort. Pour honorer la continuité .Parce qu’on savait alors que la mort n’était pas une ennemie, mais une étape du cycle.
Samhain, c’était la lucidité avant la peur. Le courage avant le sucre.
Des druides aux enfants déguisés
Des siècles plus tard, quand les Irlandais ont quitté leur terre, ils ont emporté Samhain dans leurs bagages. Arrivés aux États-Unis, ils ont adapté la tradition.
Les feux sont devenus des citrouilles creusées, les âmes errantes se sont transformées en enfants masqués, et les offrandes sont devenues des poignées de bonbons, des offrandes modernes au Dieu de la glycémie, mettant au passage leur insuline en PLS.
Et pendant ce temps, ailleurs dans le monde, d’autres continuaient à célébrer leurs morts sans détour.
Au Mexique, on rit avec eux, on leur prépare des gâteaux, on dresse des autels colorés. Les cimetières deviennent des fêtes. La mort, là-bas, ne fait pas peur : elle fait partie de la conversation.
Ici, on l’a reléguée au rayon horreur.
On préfère la travestir, l’édulcorer, la maquiller de plastique et de sucre.
Mais c’est la même racine.
La même question sous un autre « masque » : Comment continuer à vivre quand tout finit par s’éteindre ?
Pourquoi on aime se faire peur (et pourquoi ça fait du bien)
Soyons honnêtes : on adore avoir peur.
Mais à condition que ce soit une peur domestiquée.
Une peur qui finit bien. Une peur qu’on contrôle du canapé, entre deux gorgées de chocolat chaud.
On regarde des films d’horreur, on visite des maisons hantées, on joue à frissonner juste ce qu’il faut. On s’offre la mort en version divertissante, comme un petit vaccin émotionnel.
Un moyen de s’assurer qu’on est encore en vie.
Parce qu’au fond, la peur est un miroir. Elle nous renvoie notre fragilité, notre finitude, notre besoin d’absolu.
Et Halloween, c’est la seule nuit de l’année où on accepte de la regarder en face, sans prétendre qu’elle n’existe pas.
Depuis toujours, l’art s’en est emparé. Des ténèbres romantiques de Dracula filmé par Coppola à la lame ironique de Scream, la peur est devenue un langage universel. Elle se danse dans Thriller, avec des morts bien vivants au groove impeccable. Elle s’écrit dans les pages de Poe, de Mary Shelley, de Stephen King. Elle se glisse dans certaines musiques, quand les violons grincent, quand les notes se suspendent juste avant la chute, quand le silence devient plus inquiétant que le cri.
Parce qu’on aime cette montée d’adrénaline qui dit : « Je suis encore là. Je respire. Je sens. »
La peur de la mort, c’est la plus vieille de toutes.
Alors on la travestit, on la ridiculise, on la met en scène pour la désamorcer.
On lui colle des dents en plastique, on la fait danser, on la rend photogénique sur Instagram.
Mais derrière le jeu, il y a un besoin sincère : celui d’apprivoiser l’inconnu.
De dire : « je te vois, mais tu ne me domineras pas. »
Parce que se faire peur, c’est une manière de reprendre le pouvoir sur ce qui nous échappe.
De donner un cadre à l’imprévisible.
De transformer le frisson en rituel.
Et si, finalement, Halloween n’était pas une fête de la peur, mais un Rite de passage ?
Celui de regarder l’obscurité, et d’y trouver encore un peu de lumière.
Les morts, les masques, et nous
Les enfants qui défilent dans les rues déguisés en vampires, sorcières ou squelettes rejouent, sans le savoir, un vieux théâtre sacré.
Celui de nos ombres apprivoisées.
Celui qui dit : « je ne te fuis pas, je t’incarne pour mieux te comprendre. »
Derrière les masques, il y a toujours une vérité symbolique.
La mort, on la craint, mais on la cherche aussi.
Dans les films, dans les contes, dans les légendes.Parce qu’elle nous rappelle que la vie a un prix.
Et que chaque respiration, chaque rire, chaque étreinte, est un miracle qui finit par s’éteindre.
Alors oui, on se peint le visage, on fait semblant d’être des zombies, on hurle pour rire, on achète trop de bonbons... Mais au fond, tout ça parle d’amour.
De lien.
De transmission.
De mémoire.
Halloween, c’est peut-être la seule nuit où l’humanité entière, sous couvert de se déguiser, se souvient qu’elle est mortelle.
Et que ce n’est pas si grave.
Parce que tant qu’on peut encore jouer avec nos peurs, c’est qu’on est encore du côté des vivants.
Sous le masque
Alors ce soir, quand les petits monstres viendront frapper à ta porte, tu pourras leur donner des bonbons.
Mais tu pourras aussi penser à ceux qu’on ne voit plus, à ces visages qui nous manquent, à ces présences invisibles qu’on continue de sentir dans le souffle du vent.
Allume une bougie. Regarde la flamme danser. Et souris à cette idée étrange et belle :nous ne sommes qu’un passage, mais la lumière, elle, se transmet.
Halloween n’est pas la fête des morts.
C’est la fête des vivants conscients.
Ceux qui n’ont pas peur de la nuit, parce qu’ils savent que c’est là que les étoiles se voient le mieux.



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